Hayek, Bastiat, et l’impossible humilité du régulateur concurrentiel

Mme Maureen Ohlhausen, commissaire à la Federal Trade Commission, l’agence américaine en charge de la protection des consommateurs et de la concurrence, a récemment donné une conférence devant l’American Enterprise Institute[1]. Le thème : « Regulatory Humility in Practice ».

(Le texte écrit de l’intervention de Mme Ohlhausen est disponible ici.)

Au cours de son intervention, Mme Ohlhausen, s’appuyant sur les travaux de Hayek et de Frédéric Bastiat, a appelé les régulateurs à faire preuve de plus d’humilité (ou d’humilité tout court).

Or, la pensée de Hayek et de Bastiat, ainsi que l’idée même d’humilité, sont foncièrement incompatibles avec la régulation concurrentielle. Parler de modestie du régulateur ou de régulateur hayékien relève de l’oxymore.

De fait, bien qu’elle expose fidèlement certaines idées de Hayek (1.), Mme Ohlhausen nous propose une application particulièrement hétérodoxe des thèses de cet auteur, en particulier s’agissant de la manière de résoudre le « problème cognitif » des régulateurs (2.) et de l’opportunité de pratiquer des examens « au cas par cas » (4.).

De surcroît, le théorème de Bastiat selon lequel il ne faut pas négliger « ce que l’on ne voit pas » pourrait conduire à des résultats que Mme Ohlhausen n’approuverait vraisemblablement pas (3.).

1° « regulators face a fundamental knowledge problem »

Mme Ohlhausen se réfère à Hayek pour ses travaux sur les problèmes cognitifs affectant les Etats. Elle cite ainsi nommément « The Use of Knowledge in Society », un article publié par Hayek en 1945. Mme Ohlhausen relève à bon droit que, si les arguments de Hayek visaient avant tout les planificateurs centraux d’antan, ils pouvaient en réalité tout aussi bien s’appliquer à nos modernes régulateurs.

En effet, écrit notre auteur, « Hayek’s key insight in his paper was his recognition that regulators face a fundamental knowledge problem. And this problem limits the effective reach of regulation. » De fait, la principale difficulté, pour le régulateur, tient à ce que les informations pertinentes – les coûts, la demande des consommateurs, les chances de succès – ne sont pas de simples « données » objectives qu’il suffirait de collecter.

Bien au contraire, ces informations pertinentes, acquises par la pratique et par l’observation quotidienne des marchés, reposent le plus souvent « à l’état latent » dans l’esprit des entrepreneurs. Elles gouvernent les actions de ces derniers, mais il est rare qu’elles soient extériorisées de manière verbale. Elles ne peuvent donc être centralisées pour les besoins des régulateurs[2].

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