Rentes de monopole et concurrence pure et parfaite (réponse à Jean-Marc Daniel)

Le Professeur Jean-Marc Daniel, que l’on ne présente plus, a récemment participé à un ouvrage collectif intitulé A quoi sert la concurrence ?.

Sa contribution[1] appelle de ma part quelques observations. Je voudrais en particulier discuter de la notion de « rente » () et des mérites de la concurrence dite « pure et parfaite » ().

1° La concurrence et les rentes.

Il est extrêmement fréquent, dans les ouvrages consacrés à la concurrence, d’accuser les entreprises de chercher à obtenir des rentes. Dans la plupart des cas, la signification de ce terme n’est pas indiquée.

Les auteurs semblent cependant jouer sur les réminiscences que cette expression suscite chez le lecteur.

En effet, dans le langage courant, le rentier est traditionnellement vu comme « un individu qui détient des emprunts publics et vit des versements que lui fait l’État à ce titre »[2]. L’idée est que « c’est l’existence de l’État et non son travail qui assure un revenu au rentier »[3].

Il s’agit donc d’insinuer que les entrepreneurs qui forment un cartel ou acquièrent une position dominante sur le marché – ceux qui peuvent faire l’objet de poursuites sur le fondement du droit de la concurrence –  mèneraient une existence paisible, oisive, protégée contre les aléas de la vie.

C’est d’ailleurs ce que la majorité des auteurs – très souvent fonctionnaires – disent expressément. En effet, la quasi-intégralité des ouvrages consacrés au droit ou à l’économie de la concurrence citent avec approbation le trait de Sir John Hicks selon lequel « the best of all monopoly profits is a quiet life »[4].

Cependant, ce n’est pas directement dans cette acception-là que Jean-Marc Daniel emploie cette notion. Ce spécialiste de Ricardo préfère fort logiquement se revendiquer de la théorie ricardienne de la rente. Lire la suite

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« Prix, qualité et emploi » (Réponse à Etienne Pfister)

Etienne Pfister est maître de conférences en sciences économiques et chef économiste au sein de l’Autorité de la concurrence. Il a participé récemment à la rédaction d’un ouvrage collectif intitulé A quoi sert la concurrence ?. Sa contribution (dont je recommande la lecture avant de commencer celle du présent billet) appelle de ma part les commentaires suivants.

L’arbitrage entre les différents paramètres de la concurrence.

M. Pfister écrit que

Les apports de la concurrence pour le consommateur peuvent être évalués sous un triple prisme. Évidemment, la concurrence exerce [peut exercer ?] une pression à la baisse des prix, plus ou moins marquée selon les secteurs. Mais elle améliore [peut améliorer ?] également la qualité des produits, pour peu que l’information fournie sur ces derniers soit suffisante. Enfin, le consommateur est également fréquemment un salarié, sensible aux effets de la concurrence sur l’emploi et sur ses conditions de travail. Cette contribution montre que tout en devant parfois s’accompagner d’une régulation adéquate, la concurrence profite aux consommateurs sous chacun de ces trois angles.

Ce paragraphe est quelque peu équivoque, puisqu’il laisse entendre que le consommateur bénéficierait simultanément de la concurrence sous chacun des « trois angles » évoqués.

Or, dans une très large mesure, prix et qualité s’opposent : si l’on veut des prix plus bas, il faut, toutes choses égales par ailleurs, consentir à une baisse de qualité ; si l’on souhaite une qualité accrue, il faut accepter des hausses de prix. Comme l’écrivait Harold Demsetz, « The intensity or effectiveness of one form of competition often correlates negatively with the strength of other forms »[1]. Un arbitrage est donc nécessaire. Lire la suite